Le dernier réduit de Gondar
Novembre 1941. L'Empire italien d'Afrique orientale n'existe plus que sur le papier. Depuis le printemps, les colonnes britanniques, sud-africaines, indiennes et les Patriotes éthiopiens ont submergé les vastes territoires conquis cinq ans plus tôt. Addis-Abeba est tombée, le Négus Haïlé Sélassié a retrouvé son trône, et les grandes garnisons italiennes ont capitulé l'une après l'autre. Il ne subsiste qu'une poche, accrochée aux hauts plateaux du nord-ouest éthiopien : la région de Gondar, que commande le général Guglielmo Nasi.
Là, dans un dédale de cols, de forts et de pitons défendus depuis des mois, Nasi tient. Ses hommes — soldats italiens et ascaris coloniaux — ont repoussé assaut après assaut, infligeant des pertes sensibles à des assaillants pourtant bien supérieurs en nombre et en matériel. Mais l'étau se resserre. Les vivres s'épuisent, les munitions se comptent, l'aviation ennemie domine le ciel et plus aucun ravitaillement ne peut franchir les lignes. Les villages-forteresses qui couvraient Gondar tombent un à un sous le feu des Patriotes et de l'artillerie alliée.
Le général sait que la résistance organisée touche à sa fin. Devant lui s'ouvrent des terrains montagneux propices à la dispersion, mais ses blessés s'entassent et ses colonnes affamées ne tiendront plus longtemps. L'heure du choix est venue.
À la tête de la dernière poche italienne d'Afrique orientale, encerclé et à bout de ressources, que décidez-vous ?
Nasi mena la défense de Gondar jusqu'à l'extrême limite, repoussant les Britanniques et les Patriotes éthiopiens pendant des mois. À court de vivres et de munitions, et après la chute des derniers points d'appui, il capitula le 27 novembre 1941, mettant fin à la résistance organisée italienne en Afrique orientale. Des dizaines de milliers de soldats et d'ascaris furent faits prisonniers. Quelques irréductibles refusèrent de se rendre et menèrent une guérilla isolée dans les montagnes jusqu'en 1943. La ténacité de la défense de Gondar valut à Nasi une réputation de chef respecté, y compris de ses adversaires.









