L'ordre sur les commissaires
L'automne 1941 a transformé la guerre à l'Est en quelque chose qui ne ressemble à aucune campagne menée à l'Ouest. Depuis juin, le commandement supérieur fait descendre dans les rangs des directives qui placent délibérément l'adversaire soviétique hors du droit habituel des belligérants. L'une d'elles vise nommément les commissaires politiques de l'Armée rouge, chargés d'encadrer idéologiquement les troupes : capturés, ils ne doivent pas être traités comme les autres prisonniers. Dans le secteur de Smolensk, où les combats de l'été ont laissé des colonnes interminables de captifs, son application est devenue une affaire quotidienne, laissée au jugement des officiers de première ligne.
Devant vous, un commissaire vient d'être identifié parmi un groupe de prisonniers. Vous connaissez la directive. Rien, dans votre formation d'officier, ne vous préparait à un tel ordre, et d'autres avant vous ont trouvé des accommodements discrets avec leur conscience. Certains camarades obéissent sans broncher ; d'autres murmurent que de tels actes salissent l'uniforme et nourrissent la haine de l'ennemi. La hiérarchie surveille et la moindre décision peut être rapportée.
L'homme attend, les mains liées, et le poids de l'instant repose entièrement sur vous.
En tant qu'officier de la Wehrmacht face à ce commissaire capturé, que décidez-vous ?
L'« ordre sur les commissaires » (Kommissarbefehl), édicté le 6 juin 1941, fut majoritairement appliqué durant l'invasion de l'URSS : la plupart des unités exécutèrent les commissaires capturés, faisant plusieurs milliers de victimes dès 1941, en violation flagrante des lois de la guerre. Une minorité d'officiers le contournèrent discrètement, et nombre de prisonniers furent aussi remis aux ou au SD à l'arrière. Constatant que cette politique durcissait la résistance soviétique et poussait les commissaires à se battre jusqu'à la mort, le haut commandement suspendit formellement l'ordre en mai 1942. Au procès de Nuremberg, le Kommissarbefehl fut retenu comme l'une des preuves majeures de la criminalité de la conduite allemande à l'Est.









