Joukov face au vide devant Moscou
Front de l'Ouest, octobre 1941. La poche de Viazma vient de se refermer : plusieurs armees sovietiques y sont encerclees, et le centre du dispositif qui couvrait la route de Moscou s'est effondre en quelques jours. La capitale, a une centaine de kilometres de la, repose desormais sur des moyens incertains, et un nouveau commandant vient d'etre rappele d'un autre secteur pour reprendre en main le front.
Devant lui, les groupes blindes allemands cherchent la percee decisive avant l'hiver et progressent vers les abords de la ville. La Stavka exige que Moscou soit tenue cout que cout, mais les renseignements sont fragmentaires : les etats-majors eux-memes ignorent souvent ce qui tient encore, et le commandement doit decider vite, sans vue claire de l'ennemi ni de ses propres reserves.
Un facteur nouveau pese sur le calcul : les pluies d'automne transforment les routes en fleuves de boue, la raspoutitsa, dont les effets jouent sur les deux camps. Le temps, les hommes disponibles, l'etat des routes, la profondeur a defendre : tout doit etre pese d'un coup, alors que l'ennemi ne s'arretera pas pour attendre. Le commandement doit trancher en quelques heures.
Comment Joukov doit-il organiser la défense de Moscou après la catastrophe de Viazma ?
Le commandement choisit de concentrer la défense sur la ligne fortifiée de Mojaïsk plutôt que de se sacrifier en avant ou de céder du terrain jusqu'à la ville. Joukov regroupe ses maigres forces sur cet axe, derrière une ceinture de fortifications encore inachevée, pour gagner du temps. La raspoutitsa, puis les premières gelées, enlisent les colonnes allemandes ; les renforts sibériens, libérés par l'assurance que le Japon n'attaquerait pas, affluent enfin. Malgré la chute de Mojaïsk même et de violentes percées vers Klin et Toula, le front ne rompt pas. Quand le gel durcit le sol fin novembre, l'offensive allemande, à bout de souffle et de logistique, s'épuise aux portes de la capitale. Le 5 décembre 1941, Joukov lance une contre-offensive massive qui rejette la Wehrmacht de cent à deux cents kilomètres : c'est le premier grand échec stratégique d'Hitler et le tournant de la guerre à l'Est.









