Asmara : un second Keren ou la ville ouverte ?
Pendant près de deux mois, la bataille de Keren a saigné l'armée italienne d'Afrique orientale. Du 3 février au 27 mars 1941, les divisions du général ont défendu un verrou montagneux d'une rare solidité contre l'avance britannique venue du Soudan. La chute de Keren, le 27 mars, a brisé le moral des troupes italiennes.
Derrière Keren s'ouvre la route de la capitale, Asmara, perchée sur les hauts plateaux. Sur le chemin se dresse encore une position défensive, le défilé d'Ad Teclesan, que certains officiers jugent même plus forte que Keren. En théorie, Frusci pourrait y livrer une nouvelle bataille d'usure et faire payer cher chaque kilomètre.
Mais le contexte a changé. La défaite de Keren a entamé la combativité ; Asmara est une ville peuplée, sans réelle valeur militaire une fois les cols perdus ; et plus au sud, tout l'empire italien d'Afrique orientale se disloque. S'accrocher, c'est risquer de transformer la capitale en champ de ruines pour un répit de quelques jours.
Le 1er avril 1941, alors que les Britanniques approchent, Frusci doit décider du sort d'Asmara.
Frusci doit-il livrer une nouvelle bataille défensive devant Asmara, ou renoncer à défendre la capitale ?
Frusci choisit B : Asmara est déclarée ville ouverte. Quand les Britanniques attaquent les abords le 31 mars, la position cède, et le lendemain une petite voiture brandissant un drapeau blanc se présente à Ad Teclesan : des notables et un prêtre italien viennent offrir la reddition pacifique de la capitale. Les troupes britanniques entrent dans Asmara à la mi-journée du 1er avril, sans combat. La résistance organisée en Érythrée s'effondre ; Massaoua, le grand port de la mer Rouge, tombera le 8 avril. La chute d'Asmara écarte la menace italienne sur le trafic maritime de la mer Rouge — un enjeu majeur, puisqu'elle permettra bientôt aux États-Unis d'y faire naviguer leurs navires sans enfreindre les lois de neutralité.









