Après la prise de Kassala et d'Agordat, l'avance britannique en Érythrée se heurte à un obstacle redoutable : Keren, verrou montagneux qui commande la route d'Asmara et du port de Massaoua. La ville est protégée par un amphithéâtre de pics escarpés, où les Italiens et leurs troupes coloniales érythréennes (ascaris) ont eu le temps de s'établir solidement, dynamitant les passages et minant les pentes.
Pour les Italiens d'Afrique orientale, coupés de tout ravitaillement depuis 1940, Keren est la dernière vraie chance de tenir : le terrain compense leur isolement et leur infériorité matérielle croissante. Les défenseurs, dont des unités d'élite acheminées en hâte, savent que perdre Keren ouvre la voie à l'effondrement de toute la colonie.
Les Britanniques — 4e et 5e divisions indiennes — découvrent que la position ne tombera pas par surprise. La question, des deux côtés, est celle de la manière de combattre dans ce relief : tenter des assauts frontaux répétés contre les crêtes, au prix de lourdes pertes ; chercher patiemment un cheminement de contournement par la montagne ; ou, pour les défenseurs, tenir coûte que coûte en pariant sur l'usure de l'assaillant.
Comment emporter — ou tenir — le verrou montagneux de Keren ?
Keren donne lieu à l'une des batailles les plus dures de la campagne : commencée début février 1941, elle se prolonge près de huit semaines. Les Italiens et les ascaris tiennent avec une ténacité qui force le respect (C), repoussant de coûteux assauts frontaux ; les Britanniques finissent par combiner pression frontale et infiltration des crêtes (A et B) avant d'enlever la position fin mars 1941. La chute de Keren ouvre la route d'Asmara et de Massaoua et précipite l'effondrement de l'Afrique orientale italienne, dont la capitale Addis-Abeba sera reprise en avril et le dernier réduit (Gondar) en novembre 1941. Keren reste un rappel que, sur le bon terrain, les troupes italiennes et coloniales pouvaient opposer une résistance acharnée.









