Tenir le bastion ou sauver les divisions ?
À la mi-décembre 1940, voit son rêve d'empire africain se fissurer. Lancée le 9 décembre, l'opération Compass britannique a balayé en quarante-huit heures les camps fortifiés italiens autour de Sidi Barrani, en Égypte, faisant des dizaines de milliers de prisonniers.
La déroute est rapide. Le maréchal , commandant en chef en Libye, abandonne Sollum le 16 décembre et replie quatre divisions le long de la route côtière vers une place forte de Cyrénaïque orientale : Bardia. La petite force du général , pourtant largement inférieure en nombre, poursuit sa percée vers l'ouest, soutenue par la Royal Navy et la RAF.
Mussolini doit trancher la conduite à tenir. Concentrer plus à l'ouest, vers Tobrouk, sauverait les divisions encore disponibles mais signifierait abandonner du terrain conquis et accepter publiquement l'ampleur du désastre. Tenir Bardia, fortifiée et appuyée par la mer, pourrait briser l'élan britannique — au risque d'y enfermer quatre divisions face à un adversaire qui domine le ciel, le renseignement et le moral. Le Duce, soucieux du prestige du régime après l'échec grec, pèse l'honneur des armes contre la prudence militaire. L'ordre qu'il enverra au commandant de la garnison scellera le sort de dizaines de milliers d'hommes.
Mussolini doit-il ordonner de tenir Bardia coûte que coûte, ou autoriser un repli pour préserver les divisions et concentrer plus à l'ouest ?
Mussolini choisit A : il adresse au commandant de la garnison, le général , surnommé « Barbe électrique », l'ordre de défendre la forteresse de Bardia jusqu'au bout, lui rappelant son courage de vieux soldat intrépide. Bergonzoli répond qu'il tiendra. Mais le 3 janvier 1941, la du général Mackay, appuyée par l'artillerie, la marine et l'aviation, donne l'assaut. En trois jours, du 3 au 5 janvier, la place tombe : quelque 40 000 Italiens sont tués, blessés ou capturés, avec des centaines de canons et des dizaines de chars. La décision de tenir, dictée par le prestige plutôt que par la situation tactique, livre l'armée à la capture en masse. Compass enchaîne aussitôt sur Tobrouk, et la Cyrénaïque s'effondre, ouvrant la voie à l'intervention allemande de l' quelques mois plus tard.









