Le prestige ou les ordres, à Kassala
Au début de 1941, le général italien commande le secteur d'Érythrée dans l'Afrique orientale italienne, l'empire que Mussolini a taillé autour de l'Éthiopie. Ses troupes occupent Kassala, ville-frontière prise au Soudan en 1940.
Sur le papier, Frusci domine : il aligne trois divisions et trois brigades face aux deux divisions indiennes du lieutenant-général britannique , un avantage proche de deux contre un. Mais le rapport réel est trompeur. Comme l'écrit l'historien , les forces du Commonwealth sont mieux préparées et équipées pour une campagne de mouvement, tandis que Frusci, dépourvu d'armes antichars sérieuses, redoute un terrain qui favorise les colonnes mécanisées. Les Britanniques dominent dans le ciel, le renseignement et le moral.
Après la catastrophe de Libye, le rôle assigné à l'empire d'Afrique orientale n'est plus que de durer : retarder le plus longtemps possible le transfert des renforts britanniques vers l'Égypte. Mais les avis divergent sur la conduite à tenir, et l'offensive de Platt est imminente. Frusci, lui, plaide qu'abandonner du territoire trop librement infligerait un coup au prestige de l'Italie. Le général doit choisir entre l'honneur du drapeau et la préservation de ses forces.
Frusci doit-il tenir Kassala pour le prestige, ou exécuter l'ordre de repli pour préserver ses divisions ?
Frusci choisit A : malgré ses réticences, il s'incline devant les ordres du haut commandement d'Addis-Abeba et de Rome — qui, allant plus loin que lui, jugeaient venu le temps du repli — et évacue Kassala et Tessenei dans la nuit, repliant ses forces avancées vers le triangle des contreforts intérieurs (Keru, Biscia, Aicotta). Lorsque l'offensive de Platt s'ébranle le 19 janvier 1941 — décalée d'un jour —, les Italiens ont déjà filé, et les divisions indiennes se lancent à leur poursuite. Elles s'emparent d'Agordat début février, mais butent ensuite sur la position fortifiée de Keren, où s'engage du 3 février au 27 mars l'une des batailles les plus dures de la campagne. La résistance acharnée à Keren retarde réellement les Britanniques plusieurs semaines, remplissant l'objectif de durée fixé à l'empire — avant que sa chute n'ouvre la route d'Asmara et de Massaoua et ne précipite l'effondrement de l'Afrique orientale italienne.









