Le commandement de la Luftwaffe doit trancher sur le sort du Junkers Ju 87, le bombardier en piqué surnommé Stuka (de Sturzkampfflugzeug). Sa sirène et sa précision ont terrorisé colonnes et navires lors des campagnes de Pologne, de Scandinavie et de l'Ouest. Contre des troupes au sol mal couvertes, il est dévastateur.
Mais le ciel anglais est d'une autre nature. Lent, peu maniable, vulnérable une fois ressorti de son piqué, le Stuka exige une escorte de chasse permanente que les Bf 109 — à l'autonomie déjà courte au-dessus de l'Angleterre — peinent à lui fournir. Face aux Spitfire et Hurricane de la Royal Air Force, les formations de Ju 87 paient un prix lourd.
Le 18 août 1940 — la journée la plus chère de la bataille pour la Luftwaffe —, les pertes allemandes atteignent 71 appareils contre 27 côté britannique, les Stukas étant particulièrement frappés. L'arme qui a fait la légende des « guerres-éclair » au sol se retrouve vulnérable dans une bataille purement aérienne.
Le commandement doit décider du maintien ou du retrait des Stukas au-dessus de la Grande-Bretagne.
Maintenez-vous les Stukas en première ligne au-dessus de la Grande-Bretagne, ou les retirez-vous de la bataille ?
Le commandement opte pour B. Après le 18 août 1940, les Ju 87 sont retirés des attaques au-dessus de la Grande-Bretagne. Leur vulnérabilité à la chasse les rendait intenables sans une couverture que la Luftwaffe ne pouvait garantir, et leur protection mobilisait des Bf 109 dont les bombardiers classiques manquaient cruellement. Précieux contre des cibles terrestres, le Stuka était disqualifié dès lors qu'un adversaire conservait une chasse intacte — leçon que la Luftwaffe rapprendra durement sur le front de l'Est et en Méditerranée. Le retrait priva l'Allemagne d'une partie de sa puissance de frappe de précision au moment décisif de la bataille. Le Junkers Ju 87 resta produit et employé jusqu'en 1945, mais son aura de « terreur du ciel » ne survécut pas à l'été anglais.









