Le ghetto de Varsovie — la ration de la faim
Le ghetto de Varsovie est scellé le 16 novembre 1940 : un mur de trois mètres enferme environ 400 000 Juifs sur quelque 3,4 km², le quartier le plus densément peuplé d'Europe. L'approvisionnement relève de l'administration allemande, via la Transferstelle qui contrôle tous les flux entre le ghetto et la ville. En avril 1941, le Kommissar civil est nommé à la tête du « quartier juif », poste qu'il occupe jusqu'en novembre 1942.
Les rations officielles allouées aux Juifs sont dérisoires — de l'ordre de 180 à 200 calories par jour en 1941, contre environ 700 pour les Polonais non juifs et plus de 2 600 pour les Allemands. C'est une famine assumée. Survivre suppose de contourner le système : contrebande à grande échelle, menée notamment par des enfants, ateliers clandestins et soupes populaires d'organisations d'entraide comme l'Aleynhilf permettent péniblement 1 000 à 1 100 calories, au prix d'un marché noir ruineux. Le Conseil juif (Judenrat) présidé par n'a aucun pouvoir sur le volume global : les Allemands le fixent ; il ne peut que répartir la pénurie et supplier l'occupant.
À l'été 1941, famine et typhus tuent plus de 5 000 personnes par mois ; au total, plus de 100 000 mourront de faim et de maladie avant les déportations vers Treblinka. La question posée à l'administration allemande, qui tient les leviers : ajuster à la hausse pour enrayer l'hécatombe, maintenir le niveau de famine, ou réduire encore.
Face à une mortalité de famine massive, l'administration allemande du ghetto doit-elle relever les rations, les maintenir au niveau de famine, ou les abaisser encore ?
L'administration allemande maintint les rations juives à un niveau de famine (environ 180 calories officielles par jour) et appliqua strictement le bouclage du ghetto. La nourriture distribuée légalement étant très inférieure au minimum vital, la survie ne tenait qu'à la contrebande et aux cuisines d'entraide ; faim et typhus tuèrent plus de 5 000 personnes par mois dès l'été 1941 et au total plus de 100 000 habitants avant les déportations. La responsabilité du crime de famine incombe à l'occupant qui fixait les approvisionnements, le Judenrat de Czerniaków ne pouvant que répartir la pénurie et plaider, en vain, pour davantage de vivres. ne fut jamais jugé : une instruction ouverte à Dortmund fut classée à sa mort, en 1970.









