L'invasion de l'URSS n'est pas, pour les dirigeants nazis, une simple conquête militaire : c'est le préalable à un remodelage démographique de l'Europe de l'Est selon l'idéologie de l'« espace vital ». Deux corps de plans s'élaborent en 1941, autour notamment d' au Ravitaillement et des planificateurs SS. La question des ressources agricoles de l'Ukraine et du Sud de l'URSS, convoitées pour l'Allemagne et la Wehrmacht, se pose en termes glaçants : qui sera nourri, qui ne le sera pas.
Le Generalplan Ost projette la colonisation allemande de l'Est par l'expulsion, l'asservissement ou l'élimination de la majorité des Slaves et de tous les Juifs. Ces projets supposent des dizaines de millions de morts, pensés froidement comme une donnée de l'aménagement de l'« espace vital ».
Ces plans posent un choix de méthode à l'appareil nazi pour l'administration des territoires conquis : exploiter la population locale comme main-d'œuvre tout en la nourrissant a minima ; organiser au contraire une gestion des vivres dont la logique condamnerait des populations entières ; ou différer ces projets jusqu'après la victoire militaire. La décision engage le sort de dizaines de millions d'habitants.
Quelle politique le Reich retient-il pour les populations et les ressources de l'Est conquis ?
Le régime retient comme principe directeur la soustraction délibérée des vivres, au prix d'une famine de masse : c'est le Plan Faim (Hungerplan), qui prévoit de détourner les ressources agricoles de l'Ukraine et du Sud de l'URSS vers l'Allemagne et la Wehrmacht, condamnant délibérément à la famine des dizaines de millions d'habitants des villes et des régions « excédentaires ». Le Plan Faim et le Generalplan Ost ne seront jamais appliqués dans leur intégralité — la victoire militaire totale leur fait défaut —, mais leur logique se traduit aussitôt par des crimes de masse : famine organisée dans les villes (le siège de Leningrad, à venir, en sera l'exemple le plus meurtrier), et surtout traitement homicide des prisonniers de guerre soviétiques, dont plus de trois millions mourront de faim, de froid et de mauvais traitements dans les camps allemands en 1941-1942 — l'un des plus grands crimes de la guerre, longtemps occulté. Ces plans révèlent que Barbarossa fut conçue, dès l'origine, comme une guerre d'extermination démographique, dont la Shoah constitue le volet le plus radical.









