Depuis le début de Barbarossa, les assassinent par balles, à un rythme croissant, des dizaines de milliers de Juifs sur le front de l'Est. Mais ces tueries restent encore géographiquement limitées et menées au coup par coup. Au sommet du régime, la « question juive » entre dans une phase nouvelle : l'expulsion (Madagascar, déportation vers l'« Est ») s'avère impraticable tant que la guerre dure, et la radicalisation idéologique pousse vers des « solutions » plus extrêmes.
C'est dans ce contexte que, le 31 juillet 1941, — agissant sur instruction de Hitler et au nom de l'autorité que celui-ci lui a déléguée — signe une lettre adressée à , chef de l'Office central de la sécurité du Reich (RSHA).
Le texte, bref, charge Heydrich de préparer « tous les préparatifs nécessaires, sur les plans organisationnel, matériel et financier, en vue d'une solution d'ensemble (Gesamtlösung) de la question juive dans la zone d'influence allemande en Europe ». Le sens exact de ce mandat — coordination administrative, feu vert à l'extermination, ou étape d'un processus — fait encore débat. Mais il confère à Heydrich l'autorité bureaucratique pour planifier le sort de tous les Juifs d'Europe.
Que représente le mandat confié à Heydrich le 31 juillet 1941 ?
Les historiens situent ce mandat entre B et C : il ne « décrète » pas à lui seul le génocide — décision processuelle, prise par étapes durant la seconde moitié de 1941 — mais il donne à Heydrich l'autorité de planifier la « solution d'ensemble » à l'échelle continentale. Heydrich joindra d'ailleurs une copie de cette lettre aux invitations à la conférence de Wannsee (janvier 1942), où sera coordonnée l'organisation de la « solution finale ». Dans l'intervalle, les massacres s'amplifient et basculent, à l'été-automne 1941, vers l'extermination totale, y compris des femmes et des enfants. Le mandat du 31 juillet est l'un des documents clés attestant l'implication du sommet de l'État nazi dans la genèse de la Shoah.









