Katyn — l’ordre sur le bureau de Beria
, 41 ans, dirige depuis 1938 le NKVD, la police politique soviétique. Géorgien comme Staline, organisateur méthodique de la terreur, il a hérité d’un problème né du partage de la Pologne avec l’Allemagne : des dizaines de milliers de prisonniers polonais s’entassent dans les camps du NKVD.
Depuis l’invasion soviétique de septembre 1939, les camps de Kozielsk, Starobielsk et Ostachkov retiennent officiers d’active et de réserve, policiers, garde-frontières, juges, médecins, professeurs, prêtres — l’ossature des élites polonaises. Environ 22 000 hommes au total. Tenus à l’écart des échanges de prisonniers, ils refusent pour la plupart de renier la Pologne et restent, aux yeux de Moscou, d’irréductibles « contre-révolutionnaires ».
Ces hommes représentent un coût, un risque de soulèvement, et le noyau d’une future armée polonaise hostile. Dans le cadre de la doctrine stalinienne, qui traite l’appartenance de classe et nationale comme une menace à éliminer, leur sort est suspendu à une note que Beria doit rédiger pour le Politburo.
Sur son bureau, à la Loubianka, le projet attend sa signature avant de monter chez Staline.
Devez-vous coucher par écrit la proposition d’exécuter sans jugement ces ~22 000 prisonniers, l’adoucir, ou enterrer le dossier ?
Beria choisit A. Sa note au Politburo qualifie les prisonniers d’« ennemis acharnés du pouvoir soviétique » et propose de les juger « selon la procédure spéciale », c’est-à-dire de les fusiller. Le 5 mars 1940, Staline, Molotov, Vorochilov, Mikoyan, Kaganovitch et Kalinine signent l’ordre. D’avril à mai 1940, le NKVD exécute environ 21 857 Polonais — dont les ~4 400 de Katyn, près de Smolensk —, abattus d’une balle dans la nuque et enfouis en fosses communes. L’URSS niera le crime pendant un demi-siècle, l’imputant aux Allemands après la découverte des fosses en 1943. Moscou ne reconnaîtra officiellement la responsabilité du NKVD qu’en 1990, et les documents signés ne seront publiés qu’en 1992.









