Staline au micro — « frères et sœurs »
Pendant les onze premiers jours de Barbarossa, se mure dans le silence. L'ampleur du désastre — front enfoncé, villes perdues, centaines de milliers de prisonniers — et, peut-être, l'effondrement de ses certitudes (il avait refusé de croire à l'attaque) le laissent prostré ; selon plusieurs témoignages, il se serait retiré dans sa datcha, redoutant même d'être arrêté par son propre Politburo.
L'URSS est sans voix au sommet au pire moment. Or le peuple, désorienté, a besoin d'un cap. Staline finit par reprendre la main : il crée le Comité de défense de l'État (GKO) et décide de s'adresser directement à la population, lui qui ne parle presque jamais à la radio.
Le 3 juillet, il doit choisir le registre de cette allocution capitale : tenir un discours martial et idéologique classique, exaltant le Parti et le socialisme ; au contraire adopter un ton patriotique et fraternel, appelant à la défense de la patrie russe par-delà l'idéologie ; ou minimiser le désastre pour ne pas démoraliser. Le ton donné orientera la mobilisation de tout un peuple.
Sur quel registre Staline doit-il fonder son premier discours de guerre ?
Staline choisit B. Le 3 juillet 1941, d'une voix mal assurée, il ouvre par des mots inédits dans sa bouche : « Camarades ! Citoyens ! Frères et sœurs ! » Il reconnaît la gravité de la situation, appelle à une guerre patriotique totale, ordonne la politique de la terre brûlée (ne rien laisser à l'ennemi) et la formation de partisans sur ses arrières. En invoquant la patrie, l'histoire russe et la survie nationale plutôt que la seule doctrine, il mobilise le pays au-delà des clivages. Ce tournant — la « Grande Guerre patriotique » — devient le cadre mental de l'effort de guerre soviétique. Staline reprend dès lors fermement les commandes, pour le meilleur (la mobilisation) comme pour le pire (la répression impitoyable des « défaitistes »).









