« Les forteresses ne se rendent pas »
Le fort de Roupel verrouille la gorge du même nom, là où le fleuve Strymon franchit la frontière entre la Bulgarie et la Macédoine grecque. C'est l'un des ouvrages clés de la ligne Metaxas, le chapelet de fortifications censé barrer la route aux envahisseurs venus du nord. Son commandant, le lieutenant-colonel , sait que sa position est une cible de premier ordre.
Le 6 avril 1941, l'Allemagne déclenche l'opération Marita. La du général se rue sur la ligne Metaxas tandis que d'autres colonnes contournent les défenses par la Yougoslavie effondrée. La pression sur Roupel est immédiate et brutale : bombardements d'artillerie, assauts d'infanterie, appui aérien.
Très vite, la situation stratégique devient désespérée. Les Allemands progressent ailleurs, Salonique est menacée, et les forts de la ligne se retrouvent isolés, débordés sur leurs arrières. Les émissaires allemands, impressionnés par la résistance, somment Douratsos de hisser le drapeau blanc : la lutte est vaine, lui dit-on, autant épargner ses hommes.
Le commandant doit répondre : capituler pour préserver sa garnison, ou tenir son fort coupé du reste.
Douratsos doit-il capituler face à la sommation allemande, ou continuer à défendre son fort isolé ?
Douratsos choisit B : il refuse la sommation. À l'ennemi qui le presse de se rendre, il aurait répondu : « Les forteresses ne se rendent pas, elles se prennent. » Roupel et les autres ouvrages de la ligne Metaxas résistent quatre jours durant, infligeant des pertes et obligeant les Allemands à modifier leurs plans. Ce n'est qu'à l'aube du 10 avril, et seulement sur ordre de capitulation venu du Grand Quartier général grec — après l'effondrement du front et la chute de Salonique —, que Douratsos cesse le combat. Le colonel allemand salue personnellement la « vaillante défense » et rend les honneurs militaires aux officiers grecs. Roupel entre dans la légende nationale comme les « Thermopyles macédoniennes », symbole d'une armée vaincue mais non déshonorée.









