Bjelovar : déserter l'armée yougoslave ou tenir
Le 6 avril 1941, l'Axe fond sur la Yougoslavie. L'armée royale, à peine mobilisée, est minée par les tensions nationales : beaucoup de Croates voient dans l'invasion non une catastrophe mais une chance de sécession d'un État dominé, à leurs yeux, par les Serbes.
Berlin attise ces fractures. Dès le 31 mars, le ministre allemand Ribbentrop a fait dire confidentiellement aux dirigeants croates que le Reich soutiendrait une Croatie indépendante si l'État yougoslave s'effondrait. Et les Oustachis, l'organisation ultranationaliste d', appellent ouvertement les soldats croates à retourner leurs armes.
C'est dans la , déployée le long de la Drava, que la pression est la plus forte : nombre de ses unités sont à forte composante croate. Parmi elles, le , mobilisé à Bjelovar, marche vers le front, et l'agitation y gagne du terrain heure après heure.
Pour un officier croate de ce régiment, l'heure du choix a sonné. Suivre l'appel de Zagreb et de Ribbentrop, c'est se révolter contre ses propres officiers serbes et hâter la naissance d'un État dont nul ne mesure encore la nature. Rester fidèle au serment, c'est défendre une Yougoslavie qui s'effondre et que beaucoup de ses compatriotes rejettent.
Cet officier croate doit-il suivre l'appel oustachi et faire défection, rester fidèle à l'armée yougoslave et combattre l'envahisseur, ou abandonner discrètement son poste sans se rallier ?
Beaucoup choisissent A : le 7 avril, alors qu'il marche vers Virovitica, le , à dominante croate, se révolte sous la conduite du capitaine , arrête ses officiers et soldats serbes, désarme une gendarmerie et fait demi-tour vers Bjelovar avec des bandes oustachies. Le 8 avril, grossis par d'autres unités et des éléments de la , quelque 8 000 insurgés s'emparent de la ville. Cette rébellion de Bjelovar est la première action oustachie d'envergure avant la proclamation, le 10 avril, de l'État indépendant de Croatie par . Les désertions croates en chaîne le long de la Drava facilitent l'avance allemande vers Zagreb. La suite révélera la nature criminelle du nouvel État : dans les semaines suivantes, la région de Bjelovar sera le théâtre des premières tueries de masse de civils serbes.









