Roosevelt et l'escadre pour Singapour — Washington, octobre 1940
dirige des États-Unis officiellement neutres, à quelques semaines d'une élection présidentielle qu'il dispute pour un troisième mandat inédit. L'isolationnisme reste puissant au Congrès et dans l'opinion : tout geste militaire vers l'Asie peut lui coûter cher dans les urnes.
Dans le Pacifique, le contexte se tend brutalement. Le 27 septembre 1940, le Japon a signé avec l'Allemagne et l'Italie le Pacte tripartite ; il occupe le nord de l'Indochine française. Londres décide en réaction de rouvrir la route de Birmanie, principal cordon de ravitaillement de la Chine nationaliste, fermée trois mois sous la pression de Tokyo.
Le 4 octobre 1940, Churchill câble à Roosevelt qu'« une action simple parlerait peut-être plus fort que des mots » et demande s'il pourrait envoyer « une escadre américaine, la plus forte possible, faire une visite amicale à Singapour » — un geste dissuasif au moment où la réouverture de la route, prévue le 17 octobre, risque de provoquer le Japon.
À Washington, l'idée se heurte vite à de fortes objections. Roosevelt doit arbitrer entre fermeté de façade envers Tokyo et prudence électorale.
Pressé par Churchill de montrer le pavillon à Singapour, que décide Roosevelt ?
Roosevelt choisit A. Lors d'une réunion le 5 octobre, l'amiral , chef des opérations navales, s'oppose fermement à l'envoi de l'escadre, appuyé par le sous-secrétaire d'État , qui a l'oreille du président. Roosevelt écarte la démonstration navale à Singapour : trop provocante envers Tokyo et trop risquée politiquement à la veille du scrutin, elle aurait nourri l'opposition isolationniste. Il préfère renforcer Hawaï. La route de Birmanie rouvre bien le 18 octobre, mais sans le parapluie naval américain réclamé par Churchill. Il faudra attendre 1941 et le durcissement progressif de la position américaine pour voir Washington s'engager plus avant face au Japon.









