Vichy — le premier statut des Juifs
À l'automne 1940, le régime de Vichy met en place sa « Révolution nationale ». Le 27 septembre, l'occupant a publié dans la zone nord une ordonnance définissant et recensant les Juifs. En zone libre, où l'Allemagne n'a pas autorité, le gouvernement de Pétain doit à son tour arrêter sa position face à la « question juive ».
Le garde des Sceaux , juriste proche de l'Action française, travaille avec le ministre de l'Intérieur Peyrouton sur l'éventualité d'un texte d'exclusion. Un tel projet définirait le « Juif » par la « race » et non par la religion, et pourrait l'écarter de la fonction publique, de l'enseignement, de la presse, de la radio, du cinéma. Des témoignages établiront jusqu'où Pétain lui-même est intervenu personnellement, notamment sur la justice et l'enseignement.
Le gouvernement doit décider de l'ampleur et de l'origine de la mesure : s'aligner a minima sur l'ordonnance allemande, prendre une initiative française autonome plus large, ou renoncer faute de contrainte extérieure. Le choix engagera, ou non, l'État français dans une politique d'exclusion qui lui serait propre.
Vichy doit-il légiférer de sa propre initiative contre les Juifs, et jusqu'où ?
Vichy choisit A. Le statut des Juifs est signé le 3 octobre 1940 (publié au Journal officiel le 18) : il s'applique aux deux zones, définit le « Juif » par la « race » (au moins trois grands-parents juifs), exclut les Juifs de nombreuses professions et instaure des quotas. Une loi du 4 octobre permet d'interner les Juifs étrangers dans des camps. L'historiographie (, ) a établi que cette législation fut une initiative française spontanée, non réclamée par Berlin, et que Pétain intervint personnellement pour la durcir. Elle frappe des dizaines de milliers de personnes, prépare l'« aryanisation » des biens en 1941, et fait de l'administration française un rouage des persécutions qui mèneront aux rafles et aux déportations de 1942. Le premier statut des Juifs est aujourd'hui un marqueur central de la responsabilité propre de Vichy dans la Shoah.









