Le pétrole des Indes que Tokyo réclame
, juriste et haut fonctionnaire colonial, dirige les Affaires économiques des Indes néerlandaises et conduit la délégation qui négocie avec Tokyo. Au-dessus de lui, le gouverneur général administre depuis Batavia un archipel qui produit l'un des rares grands gisements de pétrole d'Asie.
Depuis la chute des Pays-Bas en mai 1940, la colonie est orpheline de sa métropole, sans flotte ni armée capables de résister à une grande puissance. Or le Japon, engagé en Chine et privé du brut américain qui se raréfie, a fait du pétrole indonésien, selon son émissaire, « une question de vie ou de mort ».
Le 12 septembre 1940, une délégation de vingt-quatre Japonais menée par le ministre débarque à Batavia. Tokyo réclame 3 750 000 tonnes de produits pétroliers par an, soit près de la moitié de la production des Indes — bien au-delà des quelque 570 000 tonnes livrées en 1939. Six officiers supérieurs accompagnent la mission. L'Angleterre presse les Néerlandais de tout bloquer ; les États-Unis observent.
Van Mook sait qu'un refus net peut servir de prétexte à une descente japonaise sur les puits, qu'une capitulation arme la machine de guerre nipponne, et que le moindre baril cédé sera lu à Washington comme à Tokyo. Sur la table, les chiffres oscillent.
Sous la pression de Tokyo et l'œil de Londres, que décide Van Mook sur le pétrole que le Japon exige des Indes néerlandaises ?
Van Mook choisit A : les compagnies pétrolières des Indes (Bataafsche Petroleum, filiale de Shell, et Standard-Vacuum) acceptent de vendre au Japon environ 1 800 000 tonnes par an — moins de la moitié des 3,75 millions exigés — dont une grande partie pour six mois seulement. Kobayashi, qui avait d'abord accepté ce compromis, est rappelé à Tokyo dès le 2 octobre 1940 ; un nouvel envoyé, , reprend des pourparlers qui s'enlisent. Le quota concédé reste un minimum calculé : assez pour ne pas offrir de casus belli immédiat, trop peu pour combler l'appétit japonais. Les Indes refuseront notamment l'essence d'aviation. Cette résistance feutrée tiendra jusqu'à l'été 1941 ; le gel des avoirs japonais et l'embargo y mettront fin, et le Japon décidera alors de prendre par les armes le pétrole qu'on lui mesurait.









