L'État oustachi et le sort des Serbes
L'écrasement de la Yougoslavie ouvre la voie, le 10 avril 1941, à la proclamation de l'État indépendant de Croatie (NDH), État satellite de l'Axe confié à et au mouvement fasciste oustachi. Le territoire, vaste, englobe la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et des parties de la Serbie et de la Slovénie — une mosaïque où les Croates ne forment guère plus de la moitié de la population.
Les Oustachis, ultranationalistes, rêvent d'une « Grande Croatie ethniquement pure ». Or près de deux millions d'habitants du NDH — environ un tiers — sont des Serbes orthodoxes ; s'y ajoutent les communautés juive et rom. Dès avril, le régime promulgue des décrets raciaux calqués sur ceux du Reich.
Pavelić et ses ministres doivent fixer la politique du nouvel État envers ces populations qu'ils jugent étrangères à leur projet. Trois voies sont discutées dans les cercles du pouvoir : intégrer et tolérer ces minorités au sein de l'État croate ; les soumettre à une persécution légale et à des expulsions ; ou viser leur élimination par la violence de masse. Le choix engage le sort de millions de personnes.
Quelle politique le régime oustachi adopte-t-il envers les Serbes, Juifs et Roms du NDH ?
Le régime choisit C, combiné à B. Le programme oustachi à l'égard des Serbes, résumé par un ministre, vise à en tuer un tiers, en expulser un tiers et en convertir de force un tiers. Dès avril-mai 1941, les massacres commencent — Bjelovar, Blagaj, Glina, Ljubinje — tandis que les Juifs et les Roms, astreints au port de l'étoile dès le 14 mai, sont raflés. Un système concentrationnaire est mis sur pied (Jasenovac, Stara Gradiška), où les mises à mort, souvent à l'arme blanche, atteindront une sauvagerie extrême. Durant l'été 1941, des dizaines de milliers de Serbes sont tués ; au total, le génocide oustachi fera des centaines de milliers de victimes serbes, juives et roms. La terreur nourrit en retour la résistance — tchetniks serbes et partisans communistes de Tito —, ouvrant en Yougoslavie une guerre civile dans la guerre.









