Éboué rallie le Tchad
Après l'armistice, l'empire colonial français se partage entre fidélité au gouvernement de Vichy et ralliement à la France libre de De Gaulle. En Afrique-Équatoriale française, le gouverneur du Tchad, — administrateur originaire de Guyane, l'un des rares hauts fonctionnaires noirs de l'empire — se trouve devant un choix décisif et risqué.
Rallier de Gaulle, c'est désobéir au gouvernement légal de Vichy, s'exposer à la destitution ou à pire, et engager un territoire entier dans la poursuite de la guerre aux côtés des Britanniques. Rester fidèle à Vichy, c'est respecter la légalité et éviter les représailles, mais accepter la soumission à l'armistice.
Éboué peut rallier la France libre, offrant à de Gaulle une base territoriale en Afrique. Rester fidèle à Vichy par légalisme. Ou temporiser en attendant l'évolution de la situation. Son choix est d'autant plus lourd qu'un premier territoire à se rallier entraînerait peut-être les autres, donnant à la France libre — jusque-là quasi sans territoire — une assise et une légitimité.
Éboué doit-il rallier la France libre, rester fidèle à Vichy, ou temporiser ?
Éboué choisit A : le 26 août 1940, le Tchad se rallie à la France libre — premier territoire de l'empire à le faire. Son geste entraîne aussitôt le Cameroun, le Congo (Brazzaville) et l'Oubangui-Chari : c'est le ralliement de presque toute l'Afrique-Équatoriale française à de Gaulle. Ce basculement offre à la France libre une assise territoriale décisive, une légitimité et une base d'opérations (d'où partira plus tard la colonne Leclerc vers Koufra et le Fezzan). , nommé gouverneur général de l'AEF, devient une figure majeure de la France libre. Son choix d'août 1940, courageux et fondateur, ancre la France combattante sur le sol africain.









