, 46 ans, roi de Roumanie, voit son royaume se désagréger depuis qu'il a cédé sans combat la Bessarabie et la Bukovine du Nord à l'URSS fin juin 1940. La perte a réveillé les revendications des voisins : la Hongrie réclame la Transylvanie, peuplée de Hongrois mais aussi de Roumains, perdue par Budapest au traité de Trianon en 1920 ; la Bulgarie veut la Dobroudja du Sud.
Hongrie et Roumanie massent leurs troupes ; une guerre régionale menace. L'Allemagne nazie, qui dépend du pétrole de Ploiești et des céréales roumaines, ne peut tolérer un conflit qui interromprait ses approvisionnements. Berlin et Rome imposent donc un « arbitrage ». Le 30 août 1940, au palais du Belvédère à Vienne, les ministres des Affaires étrangères et convoquent la délégation roumaine. Le tracé qu'ils présentent est non négociable : il détache un vaste pan du nord de la Transylvanie au profit de la Hongrie.
La Roumanie n'a aucune garantie occidentale ; refuser, c'est s'exposer à une attaque hongroise et perdre la protection allemande sur ses puits de pétrole. Le Conseil de la Couronne doit se prononcer en pleine nuit.
Faut-il signer l'abandon d'une grande partie de la Transylvanie à la Hongrie sous la pression germano-italienne, ou refuser et perdre la protection allemande sur le pétrole roumain ?
La délégation applique A : le ministre signe, et le Conseil de la Couronne, réuni dans la nuit du 30 au 31 août, ratifie l'arbitrage à une courte majorité. La Roumanie cède à la Hongrie la Transylvanie du Nord — 43 492 km² et près de 2,7 millions d'habitants, dont une forte minorité roumaine. On rapporte que Manoilescu se serait évanoui devant la carte. Cette troisième amputation en deux mois — après la Bessarabie et, le 7 septembre, la Dobroudja du Sud cédée à la Bulgarie — détruit ce qui restait de l'autorité de . Le 6 septembre 1940, le roi abdique et fuit ; le général prend le pouvoir avec la Garde de fer. La Transylvanie du Nord restera hongroise jusqu'en 1944 ; le tracé sera annulé par les traités de Paris de 1947, qui la rendront à la Roumanie. L'« arbitrage » reste une plaie mémorielle entre Bucarest et Budapest.









