Huileries de Marseille : partir en Afrique ?
Marseille vit depuis des décennies de la trituration des graines oléagineuses venues de l'Empire : on importe l'arachide brute d'Afrique de l'Ouest, on en presse l'huile dans les usines de la ville, et cette huile alimente notamment les savonneries. Près de 4 000 emplois directs dépendent de ces chaînes de production le long du port.
En 1941, la guerre a bouleversé les circuits. L'État français propose aux industriels de Marseille un changement de modèle : construire des huileries directement en Afrique-Occidentale française et au Maroc, pour y traiter l'arachide à la source plutôt que d'expédier les graines vers la métropole.
La profession se réunit autour de son président, , lui-même huilier. Accepter, c'est s'assurer l'accès à la matière première mais risquer de vider Marseille de son industrie. Refuser, c'est défendre les usines et les emplois de la ville, au prix de laisser l'avenir colonial à d'autres.
Quand l'État français propose de bâtir des huileries en Afrique pour traiter l'arachide sur place, comment la profession huilière marseillaise répond-elle à l'offre ?
La profession marseillaise, derrière , refuse l'offre de l'État : délocaliser la trituration en Afrique aurait menacé les quelque 4 000 emplois directs des huileries du port et l'industrie de transformation marseillaise. C'est finalement , dont les usines de Dunkerque étaient arrêtées par la guerre, qui accepte l'offre. Installé dans les colonies avec l'aide de l'État dès 1941, Lesieur bâtit en 10 ans un complexe industriel africain (Sénégal, Maroc, Algérie) ; son usine de Dakar, reliée au port par un oléoduc, pouvait traiter 120 000 tonnes de graines d'arachide. Le refus marseillais accéléra le déclin relatif de la place sur l'huile et le savon.
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