La capitulation décidée par le 28 mai 1940, sans l'accord de ses ministres, ouvre une crise immédiate entre le roi et son gouvernement, dirigé par et réfugié à l'étranger. Le roi a choisi de rester prisonnier au pays ; le gouvernement, lui, veut poursuivre la guerre aux côtés des Alliés.
Le gouvernement en exil fait face à un choix fondateur. Désavouer publiquement le roi, dénoncer sa capitulation comme une faute et affirmer que lui seul incarne désormais la légitimité belge dans la guerre. Se rallier au roi et à sa décision, au nom de l'unité nationale. Ou temporiser en évitant la rupture ouverte, dans l'espoir d'une clarification ultérieure.
L'enjeu est la légitimité même de l'État belge : qui parle au nom de la Belgique, le roi prisonnier ou le gouvernement libre ? La réponse déterminera la place de la Belgique dans le camp allié et ouvrira une fracture nationale durable — la « Question royale » — qui dépassera de loin la guerre.
Le gouvernement Pierlot doit-il désavouer le roi, se rallier à lui, ou temporiser ?
Le gouvernement Pierlot choisit A : dès le 28 mai 1940, depuis la France, il désavoue publiquement la capitulation du roi et affirme la volonté de poursuivre la guerre ; Pierlot et ses ministres gagnent ensuite Londres, où ils incarnent la Belgique libre aux côtés des Alliés. Cette rupture entre le roi prisonnier et le gouvernement légitime ouvre la « Question royale », qui empoisonnera la vie politique belge pendant plus d'une décennie, jusqu'à un référendum (1950) et l'abdication de en faveur de son fils (1951). Le choix de 1940, en distinguant nettement la Belgique combattante du souverain captif, préserve la légitimité internationale de l'État mais divise durablement le pays.









