La Flamenpolitik des prisonniers de guerre
À la capitulation, environ deux cent mille soldats belges sont faits prisonniers et conduits en Allemagne. L'occupant nazi décide d'en faire un instrument de sa Flamenpolitik — la politique de faveur envers les Flamands destinée à diviser le pays. Par décret, ordonne dès la fin mai 1940 de séparer les prisonniers flamands des wallons.
Pour les prisonniers, la conséquence est directe et inégale. Les soldats flamands sont, pour la plupart, progressivement libérés et renvoyés chez eux entre l'été 1940 et le début 1941. Les soldats wallons, eux, sont en grande partie maintenus en captivité en Allemagne, où ils resteront des années, soumis au travail forcé, avec un nombre non négligeable de décès.
Suivons notre soldat wallon prisonnier. Face à cette politique, il peut accepter passivement son sort dans l'espoir d'une libération ultérieure ; tenter de se faire passer pour flamand afin d'être libéré, au prix d'un reniement ; ou chercher à s'évader. La Flamenpolitik place les prisonniers devant des choix amers, dictés par une stratégie de division qu'ils subissent sans l'avoir voulue.
Notre soldat wallon prisonnier doit-il subir sa captivité, tenter de se faire passer pour flamand, ou s'évader ?
La Flamenpolitik produit ses effets : la plupart des prisonniers flamands sont libérés dès 1940-1941, tandis qu'environ soixante-dix mille Wallons restent captifs en Allemagne, dont près de deux mille y mourront selon les estimations (chiffres à recouper). Beaucoup de prisonniers wallons subissent leur sort (A), quelques-uns parviennent à s'évader, et la tentation de se dire flamand reste marginale. La mesure, conçue pour flatter le mouvement flamand et diviser la Belgique, laissera un ressentiment durable et nourrira les tensions communautaires de l'après-guerre. Elle illustre l'usage cynique des clivages internes par l'occupant.









