Une institutrice à Périgueux — l'accueil
Notre institutrice de Périgueux est une figure composite, représentative des habitants du Sud-Ouest confrontés à l'afflux de l'exode. Périgueux, sous-préfecture de la Dordogne d'environ 35 000 habitants, voit déferler quelque 150 000 réfugiés en trois semaines — venus du Nord, de Belgique, de Paris. Familles entières dorment dans les écoles, les églises, les gymnases.
L'institutrice, comme beaucoup d'enseignants et de fonctionnaires locaux, se retrouve en première ligne de l'accueil : distribuer des couvertures et de la soupe, trouver des hébergements, orienter les familles vers les fermes des environs. Les ressources manquent, le logement et le ravitaillement créent des tensions, mais la solidarité spontanée est réelle.
La décision, à l'échelle individuelle, est concrète et morale : ouvrir sa propre maison à une famille de réfugiés, au risque de la promiscuité et de la pénurie, ou se protéger en se limitant à une aide collective. La plupart des réfugiés sont des femmes, des enfants et des personnes âgées, les hommes étant mobilisés ou prisonniers. Cette charge pèse sur des communes démunies. C'est le dilemme quotidien de millions de Français des régions d'accueil pendant l'été 1940.
L'institutrice doit-elle héberger chez elle une famille de réfugiés ?
La majorité choisit A : le Sud-Ouest accueille plusieurs millions de réfugiés en mai-juin 1940, dans un élan de solidarité largement attesté, malgré les tensions sur le logement et la nourriture. Périgueux et la Dordogne hébergent durablement une partie de ces familles, dont beaucoup ne repartiront que progressivement. Cette expérience de l'accueil tisse des liens qui compteront ensuite : nombre de ces régions du Sud-Ouest, marquées par la mémoire de l'exode et par la présence de réfugiés (dont des Juifs et des étrangers), deviendront des terres d'engagement dans la Résistance et de protection des persécutés. Le geste anonyme de l'été 1940 préfigure des solidarités plus risquées encore sous l'Occupation.









