La presse sous contrôle allemand
Dès l'installation de l'occupation, l'Allemagne met la presse au pas. Les grands quotidiens belges, lus par des centaines de milliers de personnes, sont sommés de reparaître sous censure allemande — ou de se taire. L'occupant veut des journaux qui paraissent normaux mais relaient sa propagande et taisent ce qui le dérange.
Pour notre rédacteur en chef, le choix est cornélien. Continuer à publier sous contrôle, c'est garder un lien d'information avec la population et préserver l'emploi de la rédaction, mais au prix de la censure et de la diffusion de la propagande ennemie. Cesser de paraître, c'est sauver l'honneur du titre, mais laisser le champ libre aux journaux ouvertement collaborationnistes.
Notre rédacteur peut continuer à publier sous censure en tentant de préserver une marge ; saborder le journal en refusant de paraître sous contrôle allemand ; ou laisser l'occupant « voler » le titre en s'en retirant. Certains journaux seront effectivement confisqués et publiés contre le gré de leurs propriétaires — c'est le phénomène de la « presse volée ».
Notre rédacteur doit-il continuer à publier sous censure, saborder le journal, ou se retirer ?
Les réactions sont partagées. Plusieurs grands titres choisissent B : leurs propriétaires refusent de paraître sous censure et cessent volontairement la publication — le quotidien Le Soir, par exemple, est repris contre le gré de ses dirigeants et devient le « Soir volé », instrument de propagande, ce qui inspirera l'un des plus célèbres coups de la Résistance (le faux Soir de 1943). D'autres journaux continuent de paraître sous contrôle (option A). Le paysage de presse se scinde entre titres sabordés, « volés » et collaborationnistes, illustrant les dilemmes de l'information sous l'occupation.









