À l'échelon local, c'est le bourgmestre qui se trouve en première ligne face à l'occupant. L'administration militaire allemande exige des communes toutes sortes de prestations : réquisitions de logements, de vivres, de véhicules, de main-d'œuvre, fourniture de listes, affichage d'ordonnances. Le bourgmestre est l'intermédiaire obligé entre l'occupant et ses administrés.
Pour vous, bourgmestre, chaque demande pose un cas de conscience. Coopérer pleinement pour éviter à votre commune des représailles et garder la main sur l'administration locale. Résister passivement, en traînant, en minimisant, en « ne comprenant pas » les ordres, au risque de sanctions. Ou démissionner pour ne pas vous compromettre, en laissant la place à un éventuel collaborateur plus zélé.
L'enjeu est délicat : trop de zèle, et l'on devient complice ; trop de résistance, et l'on expose la population à la dureté de l'occupant ou à son remplacement par un homme de paille. Comme les secrétaires-généraux à l'échelon national, le bourgmestre incarne le dilemme quotidien du « moindre mal » administratif.
Notre bourgmestre doit-il coopérer pleinement, résister passivement, ou démissionner ?
Les attitudes varient énormément selon les hommes et les lieux. Beaucoup pratiquent un mélange de A et B : on exécute l'indispensable pour protéger la commune, tout en freinant, dissimulant ou amortissant ce qui peut l'être. Certains bourgmestres résistent activement (au prix de la révocation ou de l'arrestation) ; d'autres, surtout après le remplacement de mandataires par des collaborateurs (notamment via le VNV ou Rex à partir de 1941), appliquent les ordres avec zèle. L'occupant pousse d'ailleurs à la nomination de bourgmestres acquis à sa cause. Le rôle des bourgmestres, comme celui de toute l'administration, sera âprement jugé à la Libération, dans toute sa gamme de gris.









