Le rapatriement des réfugiés
À l'été 1940, près de deux millions de Belges réfugiés en France doivent être ramenés au pays. L'opération est colossale : transports désorganisés, frontières contrôlées par l'occupant, familles dispersées, ressources épuisées. Côté belge, un Commissariat au rapatriement est mis sur pied pour organiser ce retour. Les autorités allemandes, de leur côté, souhaitent elles aussi vider la France de ces réfugiés et remettre la Belgique au travail.
Le Commissariat fait face à des arbitrages délicats. Organiser un rapatriement massif et rapide, en composant avec l'occupant pour ramener tout le monde au plus vite. Procéder prudemment, par étapes, en filtrant et en préservant ce qui peut l'être de l'autonomie belge. Ou laisser les retours s'organiser spontanément, au risque du chaos.
Composer avec l'occupant pour rapatrier, c'est rendre service à la population mais entrer dans sa logique ; temporiser, c'est laisser des familles dans le dénuement en France. L'enjeu humanitaire (réunir les familles, loger, nourrir) se mêle inextricablement aux contraintes politiques de l'occupation. Quelle ligne le Commissariat va-t-il retenir ?
Le Commissariat doit-il organiser un rapatriement massif et rapide, procéder prudemment, ou laisser faire ?
Les autorités optent pour C : un rapatriement massif est organisé durant l'été 1940, ramenant la quasi-totalité des réfugiés belges de France, en coopération de fait avec l'occupant — qui y voit le moyen de normaliser la situation et de relancer l'économie. En quelques semaines, le grand reflux vide la France de ses réfugiés belges. L'opération, largement réussie sur le plan humanitaire (familles réunies, retour au foyer), s'inscrit néanmoins dans la logique du « moindre mal » et de la coopération administrative avec l'occupant qui caractérise toute cette période. Pour les familles, c'est la fin de l'exode et le début, chez elles, des années d'occupation.









