Dès l'occupation, l'Allemagne organise un pillage économique légalisé. Le taux de change est fixé autoritairement à un niveau qui surévalue fortement le Reichsmark face au franc belge (autour de 12,5 francs pour un mark), rendant les achats allemands en Belgique très avantageux. Soldats et services allemands raflent marchandises, stocks et produits à prix cassés, vidant les magasins.
Pour vous, c'est un dilemme commercial et moral. Vendre aux Allemands ce qu'ils demandent, à ce taux imposé, pour faire tourner le commerce et éviter les ennuis — mais au prix d'écouler vos stocks au profit de l'occupant et au détriment de la clientèle locale. Cacher la marchandise et prétexter la rupture de stock, au risque de sanctions. Ou la réserver discrètement aux habitants et au marché noir.
L'enjeu dépasse le commerce : cette surévaluation du mark et les réquisitions massives appauvrissent méthodiquement le pays au bénéfice du Reich. Résister, à votre échelle, c'est soustraire des biens au pillage ; céder, c'est y participer, parfois sans le vouloir.
Notre commerçant doit-il vendre aux Allemands au taux imposé, cacher sa marchandise, ou la réserver aux habitants ?
Dans les faits, beaucoup tentent B ou C pour ne pas tout livrer à l'occupant, mais la pression et la peur des sanctions conduisent aussi à A. Le mécanisme du taux de change surévalué et des réquisitions permet à l'Allemagne de drainer une part considérable de la production et des stocks belges quasi gratuitement — l'un des leviers du pillage systématique des économies occupées. Conjugué aux « frais d'occupation » imposés au pays, ce dispositif appauvrit durablement la Belgique et alimente pénuries, inflation et marché noir. La dissimulation de marchandises devient une forme courante, et risquée, de résistance économique au quotidien.









