Les réfugiés juifs — rester ou fuir encore
La Belgique d'avant-guerre abrite une importante communauté juive, en partie composée de réfugiés ayant fui le nazisme en Allemagne, en Autriche ou en Europe de l'Est. Avec l'arrivée de l'occupant à l'été 1940, ces familles, qui ont déjà fui une fois, voient se rapprocher la menace à laquelle elles croyaient avoir échappé.
À ce stade, l'occupant n'a pas encore édicté en Belgique les grandes ordonnances antijuives (recensement, exclusions), qui viendront à l'automne 1940. Mais l'expérience allemande laisse peu de doute sur ce qui s'annonce. Pour vous, le dilemme est terrible et précoce. Rester en Belgique, dans l'espoir que l'occupation y soit plus clémente qu'ailleurs, et faute de moyens de partir. Fuir encore, vers la France non occupée, l'Espagne, le Portugal ou au-delà, au prix d'un nouvel exil incertain. Ou tenter de vous faire oublier, en restant discret sans bouger.
L'information est rare, les frontières se ferment, les visas manquent. Faut-il partir tant qu'il en est peut-être encore temps, ou rester et espérer ? Le choix, fait dans l'incertitude, pourra décider de la survie.
Notre famille juive doit-elle rester en Belgique, fuir encore plus loin, ou se faire discrète sur place ?
Les trois choix coexistent, dictés par les moyens, les contacts et l'information. Beaucoup, sans visa ni ressources, restent (A) ; certains, alertés, parviennent à fuir (B) vers le sud de la France puis la péninsule Ibérique. À l'été 1940, l'ampleur du danger n'est pas encore pleinement perçue. Or, dès l'automne 1940, l'occupant édicte les premières ordonnances antijuives (définition, recensement, exclusions professionnelles), prélude à la spoliation puis, à partir de 1942, aux déportations vers Auschwitz : sur quelque 56 000 Juifs recensés en Belgique, plus de 25 000 seront déportés, la très grande majorité assassinés. Les décisions prises dans l'incertitude de 1940 pèseront tragiquement sur ces destins.









