Berlin : un ordre d'« évacuation vers l'Est »
a 19 ans. Né à Berlin dans une famille juive d'origine russe, il a dû interrompre ses études d'arts graphiques et travaille désormais comme manœuvre dans une usine d'armement, l'un des emplois forcés qui retardent encore la convocation des derniers juifs de la capitale. Il porte l'étoile jaune, vit sous le régime des cartes de rationnement réduites et des interdictions qui se resserrent de mois en mois.
Depuis l'automne 1941, les autorités du Reich organisent par convois le départ des juifs allemands vers l'« Est ». Les premiers trains ont quitté Berlin en octobre vers le ghetto de Łódź, puis vers Riga et Minsk. La convocation prend la forme d'une lettre administrative : se présenter à un lieu de rassemblement, avec une valise limitée, pour une « réinstallation » présentée comme un transfert de travail. Personne, dans la communauté, ne sait avec certitude ce qui attend au bout du voyage, mais les rares nouvelles qui filtrent sont effrayantes. Les parents de Schönhaus ont déjà reçu l'ordre de partir.
Quand la lettre le concernant arrive, ou qu'il comprend qu'elle viendra, n'a que peu d'heures pour décider. Il peut se présenter au rassemblement comme l'exige la convocation, dans l'espoir que la « réinstallation » soit réelle ; rester à Berlin sans papiers, retirer l'étoile et disparaître dans la ville comme un « U-Boot », ces juifs entrés dans la clandestinité au cœur même du Reich ; ou tenter de gagner la frontière suisse, au risque d'être arrêté en chemin.
Berlin, janvier 1942, jeune juif sommé de se présenter pour l'« évacuation vers l'Est » : faut-il obéir à la convocation ?
entre dans la clandestinité à Berlin : il retire l'étoile, prend de fausses identités et se cache dans le quartier de Moabit. Mettant à profit son métier d'arts graphiques, il devient faussaire pour la résistance, fabriquant des cartes d'identité qui sauvent des centaines de juifs traqués. Ses parents, déportés vers la Pologne occupée, sont assassinés en 1942. C'est seulement en 1943, alors que la dénonciatrice et la Gestapo resserrent l'étau, qu'il fuit vers la Suisse à bicyclette, muni d'un faux laissez-passer de la Wehrmacht. La réalité de l'« évacuation vers l'Est » était l'extermination : la quasi-totalité des juifs déportés de Berlin furent assassinés à Łódź, Riga, Auschwitz ou dans les centres de mise à mort. Sur les 5 000 à 7 000 juifs entrés dans la clandestinité à Berlin, environ 1 500 seulement survécurent jusqu'à la fin de la guerre.
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