L'ordre de déportation, Francfort, octobre 1941
Max L., 58 ans, ancien négociant en textile de Francfort, a traversé 8 ans de restrictions depuis 1933 : l'aryanisation forcée de son commerce, l'interdiction d'exercer, la nuit de Cristal en 1938. Il a hésité à émigrer, retenu par ses vieux parents, ses racines, l'espoir que la tempête passerait. Ses 2 fils sont partis pour la Palestine en 1939 ; sa femme, sa belle-sœur et lui sont restés.
Ce soir d'octobre 1941, une convocation de la Gestapo arrive dans sa boîte aux lettres. Le document ordonne à la famille de se présenter le 15 octobre à 8 heures à la salle de la communauté, avec un bagage de 50 kilogrammes et 50 Reichsmarks. L'en-tête mentionne un transfert vers un lieu de travail collectif à l'Est. Dans le quartier, les rumeurs circulent : certains pensent à un camp de travail ordinaire, d'autres à la Pologne, personne ne sait exactement.
Max peut obéir à l'ordre et se présenter avec sa famille, comme presque toutes les familles convoquées ; chercher à se dissimuler chez une connaissance non-juive de confiance, en lui faisant courir le risque d'une dénonciation ; ou tenter encore de rejoindre la Suisse en passant par des filières clandestines, avec ce qu'il lui reste d'argent.
En recevant l'ordre de déportation du 15 octobre 1941, ce père de famille doit-il obéir et se présenter avec les siens, chercher à se cacher chez un tiers ou tenter une fuite vers la Suisse ?
La quasi-totalité des familles convoquées obéissent. Le 19 octobre 1941, le premier convoi de Juifs de Francfort quitte la gare de l'Est : 1 195 personnes à bord de wagons de voyageurs ordinaires, direction le ghetto de Łódź. D'autres convois suivent en novembre et décembre. La plupart des déportés de ces 1ers convois meurent dans les 18 mois suivants — par la famine dans les ghettos ou dans les centres d'extermination de l'opération Reinhard en 1942. La communauté juive de Francfort, l'une des plus anciennes d'Allemagne, cesse d'exister. Environ 1 400 Juifs de Francfort survivent à la guerre, en grande majorité grâce à des mariages mixtes ou à la clandestinité.
En savoir plus sur cet événement
T09-077









