Fin mai 1940, l'évacuation de Dunkerque se heurte à un obstacle : les grands navires ne peuvent approcher des plages aux eaux peu profondes, où des centaines de milliers de soldats attendent sous les bombes. L'Amirauté britannique lance un appel pour rassembler tous les petits bateaux capables de faire la navette entre la plage et les navires au large : chalutiers, vedettes, yachts, canots de plaisance.
Pour vous, plaisancier propriétaire d'un petit bateau sur la côte anglaise, l'appel est un dilemme. Traverser la Manche jusqu'à Dunkerque, c'est vous exposer aux bombardements, aux mines et au feu ennemi, sur une embarcation fragile et sans protection. Refuser, c'est rester en sécurité, mais laisser des soldats sans secours.
Vous pouvez partir vous-même avec votre bateau pour participer au sauvetage. Prêter votre embarcation à la Royal Navy sans vous exposer personnellement. Ou renoncer, jugeant l'entreprise trop périlleuse pour un civil. Des milliers de propriétaires affrontent ce choix en quelques heures, dans l'urgence d'une catastrophe nationale.
Notre plaisancier doit-il partir lui-même pour Dunkerque, prêter son bateau, ou renoncer ?
Beaucoup choisissent A ou B : des centaines de « little ships » — environ 700 à 850 embarcations civiles — participent, avec ou sans leurs propriétaires, à l'opération Dynamo entre le 27 mai et le 4 juin. Faisant la navette entre les plages et les navires, ou ramenant directement des soldats en Angleterre, ils contribuent à évacuer une partie des quelque 338 000 hommes sauvés. Plusieurs sont coulés. L'épopée des petits navires devient aussitôt un puissant mythe national britannique — l'« esprit de Dunkerque » — symbole de mobilisation populaire transformant une défaite militaire en sursaut moral. La réalité fut plus prosaïque (la Royal Navy évacua la majorité), mais l'élan civil fut bien réel.









