Le bilan de la campagne — 10 mai-25 juin
La campagne de France s'achève le 25 juin 1940. En six semaines, l'une des armées réputées les plus puissantes du monde a été défaite. Établir le bilan suppose de croiser des sources contradictoires : archives militaires françaises (SHD/Vincennes), allemandes (Bundesarchiv de Fribourg), histoires officielles britannique, belge et néerlandaise, longtemps marquées par la propagande des deux camps.
Cinq grandes catégories sont à chiffrer : les pertes militaires françaises (tués, blessés, prisonniers), les pertes allemandes, les pertes civiles (exode, bombardements, massacres), le matériel détruit ou capturé, et l'étendue des territoires occupés. Les chiffres ont longtemps varié selon les époques et les intentions : Vichy minimisait certains aspects, la propagande allemande en gonflait d'autres.
Le travail de l'historien consiste à dégager un ordre de grandeur consensuel à partir de l'historiographie moderne. Pendant des décennies, le décompte des prisonniers a lui-même varié, Vichy avançant un million et demi quand les Allemands en revendiquaient près de deux millions. La fiabilité des sources, longtemps dépendante de la propagande des deux camps, complique tout bilan. Demeure la question des chiffres que l'historiographie moderne tient aujourd'hui pour les plus fiables.
Quel bilan militaire français l'historiographie moderne retient-elle ?
L'historiographie moderne retient B. , dans Le Mythe de la guerre-éclair, consolide ces chiffres : environ 100 000 militaires français tués (dont une part en combat, une autre en captivité ou des suites de blessures), quelque 200 000 blessés et 1 850 000 prisonniers, dont près de 1 580 000 transférés en Allemagne — où beaucoup resteront jusqu'en 1945. Côté allemand, les pertes sont nettement moindres : de l'ordre de 27 000 tués, 110 000 blessés et 18 000 disparus. S'y ajoutent 30 000 à 50 000 morts civils (exode et bombardements). Ces chiffres montrent une défaite rapide mais réelle et coûteuse, loin du mythe d'une armée qui ne se serait pas battue : la France a perdu en six semaines plus d'hommes que pendant certaines grandes batailles de 1914-1918.









