Mannerheim — l’ordre face à Viipuri
Le maréchal , 72 ans, commande l’armée finlandaise depuis le déclenchement de la Guerre d’Hiver le 30 novembre 1939. Pendant plus de quinze semaines, ses troupes ont infligé à l’ des pertes effroyables dans le froid et les forêts, mais l’étau soviétique s’est resserré.
Sur l’isthme de Carélie, les Finlandais se sont repliés sur leur ligne arrière après l’abandon de la ligne intermédiaire mi-février. Au début de mars, le golfe de Viipuri (Vyborg) reste gelé : profitant de cette glace inhabituelle, l’ attaque la côte par-delà les îles fortifiées, où des garnisons finlandaises gagnent heure après heure. Trente divisions soviétiques, plus de mille chars et mille avions pressent la ville. Les radios finlandaises sont coupées, les unités se battent isolées, et les obus manquent.
Viipuri est la deuxième ville du pays et la dernière carte que la Finlande peut jeter sur la table des négociations à Moscou. À Helsinki, la délégation finlandaise discute des termes draconiens de Molotov. Sur le front, Mannerheim doit décider du sort de la ligne de Viipuri alors que la guerre touche à sa fin.
Maréchal, ordonnez-vous le repli de la ligne de Viipuri alors que la paix se négocie ?
Mannerheim tient B jusqu’au bout : il s’accroche à Viipuri, dernier levier diplomatique, tandis que ses hommes livrent dans la baie une bataille aussi sanglante que Summa. La résistance des garnisons d’îles et des faubourgs achète à Helsinki un temps précieux. Mais l’armée finlandaise est au-delà du point de rupture — plus de munitions d’artillerie, fusils usés, unités réduites à des fractions. Le 12 mars 1940, la délégation accepte à Moscou les conditions soviétiques ; le traité est signé aux premières heures du 13 mars et le cessez-le-feu prend effet à midi. La Finlande cède l’isthme de Carélie et Viipuri — environ 10 % de son territoire et 12 % de sa population. Sur ~200 000 combattants, elle perd 25 000 morts ; l’URSS, peut-être 250 000. Dans son ordre d’adieu, Mannerheim salue une armée « invaincue ».









