Au début de 1940, le plan d'offensive à l'Ouest (« Fall Gelb ») reste, dans sa première version, une variante de l'attaque de 1914 : l'effort principal passe par la plaine de Belgique. Beaucoup de généraux le jugent prévisible et peu décisif. Le général , chef d'état-major du , défend une idée audacieuse et risquée : porter l'effort principal à travers les Ardennes, massif boisé réputé infranchissable par les blindés, pour percer à Sedan et foncer vers la Manche, prenant à revers les armées alliées entrées en Belgique.
Le plan de Manstein (« Sichelschnitt », le coup de faux) est brillant mais périlleux : si les blindés s'engluent dans les Ardennes ou si les Alliés réagissent vite, c'est la catastrophe. La hiérarchie, prudente, hésite à bouleverser ses plans pour un pari aussi hasardeux.
Le haut commandement doit trancher. Adopter le plan Manstein et son pari ardennais. Conserver le plan classique par la Belgique, plus sûr mais sans effet de surprise. Ou chercher un compromis répartissant l'effort. L'arbitrage remontera jusqu'au sommet du Reich, où la décision sera tranchée. Quelle option l'OKH doit-il retenir ?
Le commandement allemand doit-il adopter le pari ardennais de Manstein, conserver le plan classique, ou panacher ?
Le commandement retient A : après que Manstein eut exposé ses vues à Hitler en février 1940, le « Sichelschnitt » est adopté. L'effort principal est porté sur les Ardennes, avec la concentration des divisions blindées chez Guderian et Kleist. Le pari, jugé fou par beaucoup, se révélera d'une efficacité foudroyante : la percée de Sedan le 13 mai prendra les Alliés totalement à contre-pied, leurs meilleures forces s'étant avancées en Belgique. L'adoption du plan Manstein est sans doute la décision la plus lourde de conséquences de la campagne de l'Ouest : elle transforme une offensive attendue en l'une des victoires les plus rapides de l'histoire militaire.









