La Finlande après les bombes — 25 juin 1941
La Finlande n'a pas digéré la paix de Moscou de mars 1940, qui lui a arraché la Carélie et plus d'un dixième de son territoire au terme de la Guerre d'Hiver. À la recherche d'un appui pour récupérer ses pertes, Helsinki s'est rapprochée de l'Allemagne : à partir de l'automne 1940, des troupes allemandes transitent par la Finlande, et une coopération militaire discrète s'organise en vue de Barbarossa.
Quand l'Allemagne envahit l'URSS le 22 juin 1941, la Finlande se déclare d'abord neutre, mais masse ses forces et laisse la Luftwaffe utiliser ses bases. Le 25 juin, l'aviation soviétique bombarde des villes finlandaises, fournissant à Helsinki un casus belli.
Le président et le maréchal Mannerheim doivent fixer la nature de l'engagement finlandais : entrer pleinement en guerre comme cobelligérant de l'Allemagne pour reconquérir la Carélie, voire au-delà ; se limiter à reprendre les seuls territoires perdus en 1940, sans s'associer aux buts de guerre nazis ; ou rester sur la défensive pour ne pas lier le sort de la démocratie finlandaise à celui du Reich.
Jusqu'où la Finlande doit-elle s'engager aux côtés de l'Allemagne contre l'URSS ?
La Finlande choisit une voie proche de A, tout en la présentant comme B : à partir de fin juin 1941, elle lance la « guerre de Continuation » et reconquiert la Carélie, puis pousse au-delà des frontières de 1939, jusqu'en Carélie orientale soviétique. Ryti et Mannerheim refusent toutefois certains buts allemands — la Finlande ne participe pas à l'assaut sur Leningrad au point de vouloir prendre la ville, et préserve une autonomie qui la distingue des satellites de l'Axe. Cette cobelligérance « à part » lui coûtera cher diplomatiquement, mais lui permettra, en 1944, de sortir de la guerre par une paix séparée et de conserver son indépendance — sort unique parmi les voisins de l'URSS. La Finlande de 1941 mène ainsi sa propre guerre, parallèle à celle de Hitler.









