Les longues colonnes de prisonniers
L'avance allemande fait des prisonniers par centaines de milliers. Regroupés, ils sont acheminés vers l'arrière, puis vers l'Allemagne, en d'interminables colonnes à pied : des files d'hommes épuisés, mal nourris, marchant des jours durant sous la garde de l'ennemi, dans la chaleur et la poussière des routes encombrées.
Pour vous, prisonnier, la marche pose des choix de survie et de conscience. Marcher docilement dans la colonne pour éviter les sévices et préserver vos forces. Tenter de vous évader à la faveur d'un passage de bois, d'un village, d'un moment d'inattention des gardes — au risque d'être abattu. Ou vous entraider au sein de la colonne (partager l'eau, soutenir les plus faibles), au risque de ralentir et d'attirer les coups.
La fatigue, la faim, l'incertitude sur la destination rendent chaque journée éprouvante. Les colonnes de prisonniers, qui croisent parfois les flots de réfugiés, sont l'une des images marquantes de la défaite. S'échapper maintenant, sur le sol national, est encore possible ; une fois en Allemagne, ce sera presque sans espoir.
Notre prisonnier doit-il marcher docilement, tenter de s'évader, ou s'entraider au risque de ralentir ?
La majorité, épuisée et sous bonne garde, opte pour A, mais beaucoup tentent B tant qu'ils sont encore sur le sol national : les évasions de colonnes, sur les routes de Belgique et de France, sont relativement fréquentes en mai-juin 1940, avant le transfert vers l'Allemagne où elles deviendront très difficiles. Les colonnes, longues de milliers d'hommes, acheminent vers les camps les quelque 1,8 million de prisonniers français et 200 000 belges. Les conditions de la marche — faim, soif, sévices ponctuels — varient selon les gardes. Pour beaucoup, ces routes de la captivité, croisant l'exode, resteront l'image de l'humiliation de 1940 et le seuil de longues années de détention.









