Bien que neutre, la Belgique a mobilisé son armée dès l'automne 1939 — environ 600 000 hommes — pour garder ses frontières face à la menace allemande comme, en théorie, française. Durant l'hiver 1939-1940, l'un des plus rigoureux du siècle, ces soldats montent la garde, construisent des fortifications et s'entraînent, dans l'attente d'une attaque qui ne vient pas.
Pour vous, soldat belge, la mobilisation prolongée est une épreuve d'endurance morale. Maintenir votre vigilance et votre entraînement, prêt à parer une attaque-surprise à tout moment. Vous installer dans la routine de l'attente, au risque du relâchement, comme tant de camarades. Ou vous inquiéter du coût de cette mobilisation (économie à l'arrêt, familles privées de leurs hommes) et espérer une démobilisation.
La neutralité belge interdit toute coordination ouverte avec les Alliés, et le pays vit dans l'incertitude : l'attaque viendra-t-elle, et par où ? L'usure de l'attente, le froid et l'ennui pèsent sur le moral, tandis que la menace, bien réelle, se précise après l'incident de Malines de janvier 1940.
Notre soldat mobilisé doit-il maintenir une vigilance maximale, s'installer dans la routine, ou espérer la démobilisation ?
Comme partout durant la drôle de guerre, la routine (B) gagne du terrain, malgré les efforts pour maintenir la vigilance (A) : l'armée belge passe l'hiver 1939-1940 mobilisée à ses frontières, dans le froid et l'attente, construisant des positions (ligne KW) et s'entraînant, mais usée par des mois sans combat. Le maintien d'une telle armée pèse lourdement sur l'économie d'un petit pays neutre, ce qui pousse même à des démobilisations partielles. Quand l'attaque survient enfin, le 10 mai 1940, l'armée belge se bat avec courage durant dix-huit jours — mais l'usure de la longue attente, comme côté français, et l'effet de surprise des méthodes allemandes pèsent. L'attente neutre n'avait pas suffi à préparer à la guerre-éclair.









