À l'arrière, la drôle de guerre crée une atmosphère étrange : le pays est en guerre, des millions d'hommes sont mobilisés, mais il ne se passe « rien ». Les cinémas et théâtres rouvrent, la vie reprend un cours presque normal, tandis que l'angoisse sourde de l'attente et l'absence des mobilisés pèsent sur les familles.
Pour vous, civil à l'arrière, l'attitude à tenir n'est pas évidente. Vous engager dans l'effort de guerre (travail dans l'armement, défense passive, soutien aux soldats), pour vous sentir utile et préparer le pays. Vivre normalement, en profitant du calme apparent, par déni ou lassitude. Ou vous laisser gagner par le doute sur le sens et l'issue de cette guerre immobile.
Le climat de la drôle de guerre — mélange d'ennui, d'inquiétude et de fausse insouciance — agit insidieusement sur la cohésion et la détermination. La propagande ennemie et les déchirements politiques d'avant-guerre travaillent l'opinion en profondeur. Dans cette attente sans combat, quelle posture un civil doit-il adopter ?
Notre civil doit-il s'engager dans l'effort de guerre, vivre normalement, ou céder au pessimisme ?
Les trois attitudes coexistent, mais l'atmosphère générale glisse vers un mélange de B et C : la drôle de guerre installe un climat d'attente, d'ennui et de fausse normalité, où l'effort de guerre peine à mobiliser pleinement une opinion lasse et divisée. Le défaitisme progresse dans certains milieux, nourri par les fractures politiques des années 1930, la propagande ennemie et le sentiment d'une guerre absurde. Cette érosion du moral de l'arrière, comme celle du front, contribuera à l'effondrement de mai-juin 1940 et au choc de la défaite. , dans L'Étrange Défaite, pointera ce délitement moral et civique comme l'une des causes profondes du désastre — au-delà des seuls facteurs militaires.









