Le grand hiver au front
Depuis la déclaration de guerre de septembre 1939, le front occidental s'est figé : c'est la « drôle de guerre », des mois d'attente sans combats majeurs. À l'hiver 1939-1940, l'un des plus rigoureux du siècle, des centaines de milliers de soldats français grelottent dans les casemates de la ligne Maginot et les avant-postes, dans le froid, la boue et l'ennui.
Pour vous, soldat, l'épreuve n'est pas le feu mais le moral. L'inaction prolongée, l'éloignement des familles, le doute sur le sens de cette guerre qui ne vient pas pèsent sur les troupes. Chacun y répond à sa façon : l'apathie pour certains, l'effort et l'entraînement pour d'autres, la recherche d'une échappatoire pour d'autres encore.
Vous pouvez vous astreindre à la discipline et à l'entraînement pour rester prêt et soutenir vos camarades. Céder à l'attentisme et à l'ennui, dans une routine démobilisatrice. Ou chercher des permissions et des moyens de vous évader de cette vie. Dans le froid des avant-postes, chaque journée d'attente met votre résolution à l'épreuve.
Notre soldat doit-il s'astreindre à la discipline et à l'entraînement, céder à l'attentisme, ou chercher à s'évader de cette vie ?
Dans bien des unités, l'attitude B finit par l'emporter : la longue inaction de la drôle de guerre, conjuguée à un hiver très rude et à un commandement souvent peu mobilisateur, érode le moral et l'entraînement de l'armée française ; certains s'enfoncent dans l'apathie, l'alcool, voire songent à déserter. Beaucoup d'observateurs — dont dans L'Étrange Défaite — pointeront ce délitement comme l'une des causes profondes de l'effondrement de mai-juin 1940. Tous les soldats ne sombrent pas, loin de là, et certaines unités resteront combatives ; mais l'usure morale de l'hiver 1939-1940 pèsera lourd dans la suite. L'ennemi, lui, a mis ce répit à profit pour affiner son plan et entraîner ses troupes.









