Les camps de la Retirada
La victoire de Franco a jeté sur les routes des centaines de milliers d'Espagnols. Lors de la Retirada de février 1939, près de 450 000 réfugiés — soldats républicains, civils, femmes et enfants — franchissent les Pyrénées vers la France. Débordées, les autorités les parquent en hâte dans des camps de fortune du Roussillon, sur les plages d'Argelès-sur-Mer et de Saint-Cyprien, puis à Gurs : enceintes de barbelés, abris sommaires, conditions sanitaires déplorables.
À l'été 1939, le gouvernement d' doit fixer une politique durable. Le pays, qui se prépare lui-même à la guerre, juge cette présence coûteuse et encombrante.
Trois voies se dessinent. Encourager — voire pousser — le retour en Espagne, au risque de livrer ces réfugiés à la répression franquiste ? Maintenir l'internement dans des camps aux conditions critiquées jusque dans la presse française ? Ou organiser leur intégration par le travail, en versant les hommes valides dans des compagnies de travailleurs étrangers utiles à l'effort de défense ? La décision engage le sort de centaines de milliers de personnes.
Que faire des réfugiés républicains espagnols : les renvoyer, les interner, ou les intégrer par le travail ?
Le gouvernement applique un mélange de A et C : une partie des réfugiés est incitée à rentrer en Espagne, parfois sous pression ; les hommes valides sont versés dans des compagnies de travailleurs étrangers, puis, après septembre 1939, employés à des travaux de défense ou engagés dans la Légion. Les camps du Roussillon, aux conditions dénoncées, restent en activité. Le sort des républicains espagnols se dégradera encore sous Vichy : certains des camps, comme Gurs, serviront plus tard à l'internement d'autres persécutés. L'accueil de la Retirada reste une page douloureuse de l'histoire de l'asile en France. Beaucoup de ces réfugiés s'engageront plus tard dans la Résistance française ou dans les Forces françaises libres.









