Le blocus de l'Allemagne
Faute d'offensive terrestre durant la drôle de guerre, les Alliés misent sur une arme indirecte : le blocus économique de l'Allemagne, par la maîtrise des mers. L'idée, héritée de 1914-1918, est d'étrangler lentement l'économie de guerre allemande en lui coupant l'accès aux matières premières (pétrole, minerais, caoutchouc) et aux importations.
Le commandement allié doit définir sa stratégie économique. Miser sur le blocus naval et la patience, en pariant que l'asphyxie économique finira par contraindre l'Allemagne. Frapper directement les sources d'approvisionnement (le fer suédois via Narvik, le pétrole roumain ou du Caucase), au risque d'étendre le conflit à des pays neutres. Ou combiner blocus et opérations périphériques.
Le pari du blocus repose sur la durée et sur l'idée que le temps joue pour les Alliés. Mais il néglige que l'Allemagne, liée à l'URSS par le pacte de 1939, peut s'approvisionner à l'Est, et qu'une victoire rapide à l'Ouest rendrait le blocus sans objet. La guerre économique, stratégie de patience, suppose que l'on ait le temps.
Les Alliés doivent-ils miser sur le blocus naval et la patience, frapper les sources d'approvisionnement, ou combiner les deux ?
Les Alliés misent d'abord sur A, en envisageant B (les projets sur Narvik et le fer suédois, voire le pétrole de Bakou) : un ministère de la Guerre économique organise le blocus naval de l'Allemagne. Mais la stratégie de patience est ruinée par deux réalités : l'Allemagne s'approvisionne à l'Est grâce au pacte germano-soviétique (pétrole, céréales soviétiques), et surtout la victoire-éclair de 1940 rend le blocus caduc en donnant au Reich le contrôle des ressources de toute l'Europe occidentale. Le pari allié du « temps qui joue pour nous » s'effondre avec la France. Le blocus, efficace à long terme en 1914-1918, supposait une guerre longue — exactement ce que le « Blitzkrieg » a évité.









