Les secrétaires-généraux — rester ou démissionner
Avec la capitulation de l'armée et le départ du gouvernement vers la France puis Londres, la Belgique se retrouve sans pouvoir exécutif sur place. Restent les secrétaires-généraux, hauts fonctionnaires dirigeant l'administration de chaque ministère. L'occupant allemand, qui installe une administration militaire sous le général , a tout intérêt à s'appuyer sur eux pour faire fonctionner le pays.
Une loi de 1939 avait précisément prévu ce cas : en l'absence du gouvernement, les secrétaires-généraux peuvent exercer les pouvoirs nécessaires à la continuité de l'État. Mais la question reste lourde : continuer à administrer, c'est servir la population, mais aussi entrer dans une coopération avec l'occupant qui pourra glisser vers l'application de mesures injustes.
Les secrétaires-généraux doivent trancher. Rester en poste pour maintenir les services publics, le ravitaillement, l'ordre, au risque de devoir exécuter des ordres allemands. Démissionner par refus de toute coopération, en laissant l'administration aux mains de l'occupant ou de collaborateurs. Ou rester en posant des limites explicites à ce qu'ils accepteront d'appliquer. C'est la doctrine du « moindre mal » qui se joue.
Les secrétaires-généraux doivent-ils rester en poste sous l'occupant, démissionner, ou rester en fixant des limites ?
Les secrétaires-généraux choisissent majoritairement A : ils restent en poste, invoquant la continuité de l'État et la protection de la population — la doctrine du « moindre mal ». Cette présence permet de préserver des services essentiels, mais les expose à devoir appliquer des décisions de l'occupant, et la frontière entre administration et collaboration se révélera de plus en plus floue à mesure que les exigences allemandes se durcissent (travail obligatoire, mesures antijuives). Le « Comité des secrétaires généraux » deviendra une institution centrale et controversée de l'occupation, dont le bilan sera âprement débattu à la Libération.









