La carte d'alimentation française de mars 1940
Contrairement à une idée reçue, la France n'instaure pas de rationnement général dès la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939. Le gouvernement, soucieux du moral durant la "drôle de guerre", évite d'abord les cartes. Les premières restrictions n'arrivent qu'en décembre 1939 avec les "jours sans" : viande interdite du lundi au mercredi, alcool certains jours dans les cafés.
L'hiver 1939-1940 est rude et les tensions sur l'approvisionnement s'aggravent. Le gouvernement Daladier doit décider d'une politique de ravitaillement plus structurée pour l'arrière, alors que circule déjà la tentation du marché noir.
Faut-il s'en tenir aux "jours sans" et faire confiance au civisme, organiser un contrôle administratif complet du ravitaillement avec des cartes individuelles, ou laisser jouer librement le marché et les prix ? Le choix engage l'équité de l'effort de guerre à l'intérieur.
Après un hiver difficile, comment l'État français doit-il encadrer le ravitaillement civil ?
Réponse documentée : B. Le décret du 10 mars 1940, complété par un arrêté interministériel publié le même jour au Journal officiel, organise le contrôle du ravitaillement et institue la carte individuelle d'alimentation. Chaque Français devait remplir une déclaration avant le 3 avril 1940 pour être classé dans une catégorie (selon l'âge et le travail) ouvrant droit aux rations de vivres et de charbon. C'était la première architecture nationale du rationnement, après les seuls "jours sans" de décembre 1939. Mais l'effondrement militaire de mai-juin 1940 empêcha sa mise en œuvre : les cartes ne furent pas réellement distribuées. Il fallut attendre le 23 septembre 1940, sous l'Occupation et le régime de Vichy, pour que les cartes d'alimentation entrent effectivement en vigueur, inaugurant des années de pénurie, de files d'attente et de marché noir.









