En quelques semaines, l'Europe a vu tomber Prague, Memel et l'Albanie. Le président , profondément inquiet mais ligoté par les lois de neutralité et un Congrès isolationniste, cherche un moyen d'agir sans pouvoir engager militairement son pays.
Il envisage un geste inédit : adresser publiquement à Hitler et à Mussolini un message leur demandant de s'engager à ne pas attaquer une longue liste de nations — une trentaine d'États d'Europe et du Proche-Orient — pendant au moins dix ans, voire vingt-cinq.
La démarche est à double tranchant. Un appel public peut placer les dictateurs devant leurs responsabilités morales et mobiliser l'opinion mondiale ; mais un refus ou une moquerie en retour exposerait Roosevelt à un revers humiliant et soulignerait l'impuissance américaine. Faut-il lancer cet appel solennel et public, agir plus discrètement par la voie diplomatique, ou s'abstenir pour ne pas afficher la faiblesse des États-Unis ? Le président doit arbitrer entre le poids d'un geste public solennel et le risque d'exposer au grand jour l'impuissance américaine.
Roosevelt doit-il lancer un appel public à Hitler et Mussolini, au risque d'une rebuffade humiliante ?
Roosevelt choisit A : le 14 avril 1939, il adresse à Hitler et Mussolini un message public leur demandant de garantir qu'ils n'attaqueront pas une trentaine de nations nommément citées pendant au moins dix ans. La réponse est cinglante : ni Hitler ni Mussolini ne répondent directement, et le 28 avril, devant le Reichstag, Hitler tourne l'appel en dérision en lisant la liste des pays sous les rires de l'assistance. Le geste de Roosevelt échoue à infléchir les dictateurs, mais il marque l'opinion américaine et internationale, et inscrit publiquement les États-Unis du côté des nations menacées — un jalon dans le lent glissement de Washington hors de l'isolationnisme.









