Quelques jours pour tout régler avant l'évacuation
Un chef de famille nippo-américain exploite depuis des années une ferme maraîchère de la vallée centrale, en . Comme des milliers de ses voisins, il est citoyen américain ou résident de longue date ; ses enfants sont nés sur le sol des États-Unis. Six jours plus tôt, le 19 février 1942, le président a signé un décret autorisant l'armée à désigner des zones d'exclusion et à en chasser quiconque elle juge suspect. Sur la côte ouest, tout le monde comprend qui est visé.
Les affiches placardées dans les rues annoncent l'évacuation imminente des personnes d'ascendance japonaise vers des centres gérés par une agence fédérale, la . Le premier camp, , s'ouvre dans le désert quelques semaines plus tard. Chaque famille n'aura droit qu'à ce qu'elle peut porter ; le reste — terre, récolte, matériel, mobilier, économies — devra être liquidé en quelques jours, sous le regard d'acheteurs qui savent le vendeur aux abois. Nul ne sait pour combien de temps l'on part, ni si l'on reviendra.
Le chef de famille pèse trois voies pour ce qu'il a mis une génération à bâtir : se plier à l'ordre et brader en catastrophe la ferme et le matériel à des acheteurs qui imposent leur prix ; tenter de contester en justice la légalité d'un déplacement frappant des citoyens sans procès ni accusation ; ou confier la propriété à un voisin de confiance, sur une simple parole, en pariant sur un retour qui permettrait de tout récupérer.
Californie, février 1942, un chef de famille nippo-américain : comment régler en quelques jours le sort d'une ferme bâtie en une génération avant de partir pour les camps ?
Faute de recours et sous la pression des délais, l'immense majorité des familles obéirent et vendirent à perte ou abandonnèrent leurs biens. Près de 120 000 personnes d'ascendance japonaise furent internées, dont environ les deux tiers étaient citoyens américains. Les pertes matérielles furent massives : fermes, commerces, maisons et économies dispersés pour une fraction de leur valeur. Beaucoup de ceux qui avaient confié leurs biens à des voisins ne retrouvèrent rien au retour. L'injustice fut officiellement reconnue des décennies plus tard : le de 1988 présenta des excuses au nom des États-Unis et accorda une réparation aux survivants.
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