Les lumières de la côte et les U-boots
Un maire d'une station balnéaire de la côte de Floride gère une ville qui vit de l'hiver : les hôtels du front de mer sont pleins, les promenades éclairées attirent les visiteurs fuyant le froid du Nord, et les recettes de la saison font vivre commerçants, restaurateurs et employés. La guerre, déclarée depuis , semble encore lointaine sur cette rive ensoleillée.
Depuis janvier, pourtant, les sous-marins allemands ont lancé l'opération Paukenschlag — « coup de timbale », baptisée Drumbeat — le long de la côte est américaine. La nuit, les U-boots font surface au large et guettent les pétroliers et les cargos qui longent le littoral. Or ces navires se découpent en silhouettes nettes sur les lumières des villes côtières, de à , qui continuent d'illuminer leurs promenades et leurs enseignes. Chaque halo d'éclairage transforme un bâtiment en cible facile pour une torpille. La marine et les autorités fédérales pressent les municipalités d'éteindre, mais aucune obligation stricte ne s'impose encore aux villes.
Le maire doit trancher : imposer le black-out total du front de mer malgré l'effondrement annoncé des revenus touristiques ; négocier une pénombre partielle qui atténue les enseignes sans plonger la ville dans le noir ; ou refuser, jugeant la menace exagérée et la saison trop précieuse.
Floride, février 1942, un maire d'une ville balnéaire : faut-il imposer le black-out au risque de ruiner la saison touristique ?
Les villes balnéaires de la côte est résistèrent d'abord, par crainte pour le tourisme, et les lumières restèrent allumées des semaines durant. Ce n'est qu'au printemps 1942 qu'un assombrissement côtier — le « dimout » — fut véritablement imposé, d'abord recommandé puis rendu obligatoire le long du littoral, de la Floride au New Jersey. Le retard fut payé au prix fort : durant ces « heureux temps » des U-boots, des centaines de navires alliés furent coulés au large des côtes américaines dans les premiers mois de 1942, parmi lesquels plus de 120 pétroliers en quelques mois, leurs équipages tués ou brûlés à quelques milles du rivage. La marine marchande subit là l'une de ses plus lourdes saignées de la guerre, jusqu'à ce que black-out, convois et escortes finissent par fermer la chasse.
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T10-095