Singapour tombe : rester ou partir ?
commande la , l'ossature des troupes du Commonwealth qui se sont repliées de Malaisie jusqu'à l'île de . Officier au tempérament difficile, en conflit ouvert avec ses supérieurs britanniques, il s'est forgé la conviction qu'il comprend la tactique japonaise mieux que quiconque dans le haut commandement.
Depuis des semaines, l'armée japonaise enfonce les défenses. Privée d'eau, de munitions et d'espace, la garnison est acculée dans la ville même. Ce 15 février 1942, le commandement britannique ouvre des négociations de reddition : des dizaines de milliers d'hommes du Commonwealth, dont environ 15 000 Australiens, vont passer aux mains de l'ennemi. Bennett sait ce qu'une captivité japonaise promet.
Dans les dernières heures avant la capitulation, Bennett pèse trois voies. Rester avec ses hommes et partager leur captivité, comme l'usage le commande à un chef ; remettre discrètement le commandement à un subordonné et tenter de s'évader avec quelques officiers pour rapporter aux autorités les leçons tactiques apprises face aux Japonais ; ou s'échapper plus ouvertement de l'île, au risque que l'on n'y voie qu'un abandon de troupe à l'heure du désastre.
Singapour, 15 février 1942, Henry Gordon Bennett, commandant de la 8e division australienne : à l'heure de la reddition, que faire de sa liberté ?
À l'entrée en vigueur de la reddition, confie le commandement de la 8e division au brigadier C. A. Callaghan et quitte l'île par sampan avec quelques officiers. Il gagne Sumatra, puis Java, et atteint l'Australie début mars 1942, persuadé que son expérience face aux Japonais y sera précieuse. Pendant ce temps, environ 15 000 Australiens entrent dans une captivité où beaucoup mourront. Loin d'être célébré, son geste fait scandale : une commission d'enquête militaire, puis une commission royale en 1945, jugent qu'il n'était pas fondé à abandonner son commandement. Bennett ne reçoit plus jamais de commandement opérationnel. Le débat sur sa conduite — désertion ou devoir de transmettre un savoir militaire vital — divise encore les historiens australiens.
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