Un raid à 6 000 kilomètres : le pari de l'amiral
L'amiral , 57 ans, commande la Flotte combinée (Combined Fleet) japonaise depuis 1939. Ancien étudiant à Harvard et attaché naval à Washington, il connaît de près la puissance industrielle américaine et doute ouvertement des chances du Japon dans une guerre prolongée contre les États-Unis.
Dès janvier 1941, il travaille pourtant à un projet hétérodoxe : frapper par surprise la flotte américaine à son mouillage de Pearl Harbor, à Hawaï, avec les porte-avions. Le plan rompt avec la doctrine classique de la Marine, la Kantai Kessen (« bataille décisive »), qui prévoit d'attendre l'ennemi dans le Pacifique occidental pour l'y détruire.
L'état-major naval, dirigé par l'amiral Nagano, juge l'opération hasardeuse : elle détourne les porte-avions de l'offensive vers les ressources du Sud-Est asiatique et expose la flotte à un échec à 6 000 kilomètres de ses bases. Les jeux de cartes de septembre ont donné des résultats médiocres, et les 17 et 18 octobre 1941 l'état-major refuse encore d'avaliser l'intégralité du plan.
Yamamoto doit décider jusqu'où aller : forcer l'adoption de son raid, quitte à mettre son poste dans la balance ; se rallier à la bataille décisive et attendre l'Américain près des côtes japonaises ; ou plaider auprès du haut commandement contre toute guerre avec les États-Unis.
À l'automne 1941, Isoroku Yamamoto impose-t-il son raid surprise sur Pearl Harbor, s'en tient-il à la doctrine défensive d'attente, ou plaide-t-il contre la guerre avec les États-Unis ?
Yamamoto imposa son plan : par l'intermédiaire de son état-major, il fait savoir, les 17-18 octobre 1941, que lui et tout l'état-major de la Flotte combinée démissionneraient si le plan n'était pas approuvé intégralement. Inconcevable d'entrer en guerre sans Yamamoto à sa tête, l'état-major naval cède ; l'aval formel suit début novembre. Le 7 décembre 1941, l'attaque coule ou endommage huit cuirassés et fait plus de 2 400 morts américains, succès tactique. Mais les trois porte-avions américains sont absents, et les réservoirs de carburant épargnés. La mobilisation industrielle des États-Unis transforme le raid en désastre stratégique à terme. La célèbre phrase sur le "géant endormi" qu'on lui prête est probablement apocryphe : aucune source contemporaine ne l'atteste. Yamamoto est abattu en vol en avril 1943.









